Denis Sassou Nguesso, président de la République du Congo, porte depuis plusieurs décennies un plaidoyer pour la valorisation des ressources naturelles du bassin du Congo. Entre hydroélectricité, crédits carbone et diversification économique, le dirigeant congolais défend un modèle de développement ancré dans la transition énergétique, à quelques semaines de l’élection présidentielle du 15 mars 2026.

Denis Sassou Nguesso face au défi de la transformation économique
Denis Sassou Nguesso n’est pas un inconnu sur la scène africaine. À la tête de la République du Congo depuis 1997, après un premier mandat entre 1979 et 1992, le président congolais occupe une place singulière dans le paysage politique du continent. Mais c’est désormais sur le terrain économique qu’il concentre l’essentiel de son discours public.
Le Congo reste fortement dépendant des hydrocarbures, qui représentent environ 50 % des recettes budgétaires et 70 % des exportations. Toutefois, le gouvernement affiche une volonté de diversification, formalisée dans le Plan national de développement 2022-2026. Après une décennie 2010 difficile, la croissance est estimée à environ 2 % en 2024, prévue à 3 % en 2025, tirée par l’agriculture, les services financiers et les nouvelles technologies.
Lors du Conseil des ministres de juillet 2025, Denis Sassou Nguesso a insisté publiquement sur cette priorité :
« Pour la pleine réussite d’une politique de croissance retrouvée, [il faut] améliorer le climat des affaires, seul mécanisme permettant d’attirer et de fixer des investisseurs potentiels. »
— Denis Sassou Nguesso, Conseil des ministres du 23 juillet 2025
Le ratio dette/PIB est passé de 100,3 % en 2021 à 88,8 % en 2025, selon le même compte rendu gouvernemental. L’agence Standard & Poor’s a d’ailleurs maintenu la note souveraine du Congo, saluant une « politique budgétaire prudente ».
L’énergie au cœur de la vision Sassou Nguesso pour le Congo
Le pivot énergétique est au cœur du projet porté par Denis Sassou Nguesso. Le Congo dispose d’un potentiel hydroélectrique estimé à 22 000 MW, dont seulement 3 % sont exploités. Trois barrages sont opérationnels : Imboulou (120 MW, inauguré le 7 mai 2011), Moukoukoulou (74 MW, 1979) et Liouesso (19 MW, 2019).
Le chantier du barrage de Sounda, d’une capacité prévue de 600 à 800 MW, a été lancé début 2025 avec un financement chinois de 1 300 milliards de FCFA. Le porte-parole du gouvernement, Thierry Moungalla, a qualifié le projet de « concrétisation tant attendue pour renforcer l’offre de production électrique ».
L’objectif gouvernemental est d’atteindre un taux d’accès à l’électricité de 50 % d’ici 2030, selon le ministre de l’Énergie Emile Ouosso. Le Pacte national énergétique adopté en septembre 2025 dans le cadre de l’initiative « Mission 300 » de la Banque mondiale fixe un objectif plus ambitieux de 81 % (90 % en zone urbaine, 50 % en zone rurale).
Par ailleurs, le projet de monétisation du gaz de Wing Wah vise à fournir 400 MW d’électricité, dont 200 MW intégrés au réseau national. Le ministre Ouosso a déclaré à ce sujet : « Si nous modernisons notre infrastructure de transport d’électricité, nous pourrons nous passer complètement des combustibles. »
Cette vision énergétique s’articule également avec des partenariats industriels européens. Le Congo a multiplié les accords bilatéraux, dans une dynamique qui rappelle la transition énergétique portée par des acteurs européens de premier plan.

Crédits carbone et forêt du Congo : le plaidoyer de Denis Sassou Nguesso
Le bassin forestier du Congo représente le deuxième massif forestier tropical de la planète, après l’Amazonie. Ses tourbières captent plus de 30 milliards de tonnes de carbone, soit trois fois la production mondiale annuelle de CO2. Ce patrimoine naturel est au cœur d’une stratégie de valorisation économique portée par Denis Sassou Nguesso depuis des années.
Président de la Commission climat du bassin du Congo (CCBC), créée lors de la COP22 à Marrakech en 2016, le chef de l’État congolais a fait de la diplomatie climatique un axe majeur de sa politique étrangère. La CCBC, qui regroupe 17 pays membres, a lancé en 2017 le Fonds bleu du bassin du Congo, avec 254 projets bancables chiffrés à 6 milliards de dollars.
Dès 2009, devant la 64ᵉ Assemblée générale des Nations unies, Denis Sassou Nguesso avait posé les termes du débat :
« Nos forêts représentent de vastes puits de carbone d’une importance planétaire pour la régulation du gaz à effet de serre. Elles constituent notre salut à tous. »
— Denis Sassou Nguesso, Assemblée générale de l’ONU, septembre 2009
En mars 2021, lors d’une rencontre avec la secrétaire exécutive de la CEA, Vera Songwe, le président congolais a précisé les enjeux financiers :
« Il va sans dire que le Bassin du Congo est le deuxième poumon de la planète et le Bassin doit être au premier plan des progrès réalisés en termes d’action sur le climat. »
— Denis Sassou Nguesso, Brazzaville, 4 mars 2021 (UNECA)
Plus récemment, à la COP29 de Bakou en novembre 2024, Denis Sassou Nguesso a salué l’adoption du mécanisme de transfert de crédits carbone prévu par l’article 6 de l’Accord de Paris. Dans son discours officiel, il a déclaré :
« Cet outil de l’Accord de Paris, qui permet le transfert de crédits carbone entre pays à faible émission de gaz à effet de serre et pays émetteurs, ouvrira la voie à une coopération interétatique, internationale et structurante en faveur du développement durable, de la résilience et de la diversification économique dans les pays en développement. »
— Denis Sassou Nguesso, discours COP29, Bakou, novembre 2024
Concrètement, Brazzaville a accueilli en 2022 le consortium Ecoglobal, chargé d’installer une bourse du crédit carbone en Afrique avec siège au Congo. L’expérience d’autres partenariats internationaux en Afrique illustre la dynamique croissante de ces coopérations bilatérales.

Diplomatie et stabilité : le Congo comme pivot régional
La stature diplomatique de Denis Sassou Nguesso constitue un atout reconnu sur la scène africaine. Président de l’Organisation de l’unité africaine en 1986-1987, puis de l’Union africaine en 2006, le dirigeant congolais est actuellement président du Comité de haut niveau de l’UA sur la Libye. À ce titre, il s’est rendu à Tripoli et Benghazi en décembre 2024 pour tenter de rapprocher les parties libyennes autour d’une charte de réconciliation.
En 2013, il avait été désigné par ses pairs de la CEEAC comme médiateur pour la crise centrafricaine. Le Protocole de Brazzaville de 1988, signé sous son premier mandat, avait contribué à la fin de la présence cubaine et sud-africaine en Angola et ouvert la voie à l’indépendance de la Namibie.
Cette posture est d’autant plus stratégique que l’Afrique centrale traverse une période de reconfiguration géopolitique. L’instabilité au Sahel, les tensions en RDC voisine et la recomposition des alliances internationales créent un environnement où la stabilité relative du Congo apparaît comme un actif. À l’heure où les entreprises européennes repensent leurs chaînes de valeur, cette coopération économique européenne trouverait dans le Congo un partenaire naturel.
Élection Congo 2026 : Denis Sassou Nguesso et le pari de la continuité
À quelques semaines du scrutin présidentiel du 15 mars 2026, Denis Sassou Nguesso se présente avec un argument central : la continuité. Le président sortant, investi candidat du PCT en décembre 2025 lors d’un congrès réunissant plus de 3 000 délégués, défend un bilan d’infrastructures et une feuille de route qu’il estime inachevée.
Face à lui, sept candidatures ont été enregistrées auprès de la Direction générale des affaires électorales avant la clôture du 12 février 2026, dont celles de Destin Gavet (Mouvement Républicain), Dave Uphrem Mafoula (Les Souverainistes) et Anatole Limbongo-Ngoka (PARADIS).
Plusieurs figures de l’opposition, dont le pasteur Ntoumi et Lassy Mbouity, ont renoncé à se présenter, estimant que les conditions d’une élection libre et transparente n’étaient pas réunies. Un dialogue politique s’est ouvert le 16 février 2026 à Djambala, auquel les candidats déclarés et plusieurs partis d’opposition ont accepté de participer.
Sur le plan économique, Denis Sassou Nguesso a récemment insisté sur l’urgence de la transition écologique comme moteur de développement. À la tribune de la COP29, il a formulé un appel qui résume sa vision :
« La transition écologique, que nous appelons de tous nos vœux, ne pourra pas s’opérer sans que ne soient mis en œuvre des mécanismes financiers innovants, des mécanismes devant nous ouvrir de nouvelles perspectives de développement axées sur la résilience, sur la durabilité et sur la neutralité carbone. Ce challenge est le nôtre. »
— Denis Sassou Nguesso, discours COP29, Bakou, novembre 2024
Quoi qu’il en soit, l’élection congolaise de 2026 sera observée au-delà des frontières du pays. Dans un continent où les transitions politiques sont souvent synonymes d’incertitude, le choix des électeurs congolais aura des répercussions sur les investisseurs, les partenaires régionaux et les équilibres géopolitiques de l’Afrique centrale.


