Face à la fragmentation du marché mondial et au retour des rapports de force entre grandes puissances, une jeune association française veut créer un espace de réflexion stratégique à l’échelle des entreprises européennes.
Le constat est désormais largement partagé : l’Europe économique souffre de sa fragmentation. Le rapport Draghi l’a documenté, les dirigeants d’entreprises le vivent au quotidien. Mais entre les grandes orientations macroéconomiques de Bruxelles et les réalités du terrain, un chaînon manque. C’est précisément ce vide que l’association Plus Europa entend combler.
Fondée par Sabine Renault-Sablonière, cette structure à but non lucratif rassemble un réseau de dirigeants d’entreprises partageant une conviction : face aux États-Unis de Donald Trump et à la Chine de Xi Jinping, les entreprises du Vieux Continent ont un destin commun — et des intérêts à défendre ensemble.
Une géopolitique économique à hauteur d’entreprise
“Il y a eu des grands rapports européens, Letta, Draghi, mais tout cela reste très macroéconomique”, explique Felix Tores, historien et conseiller de l’association. “Ce qui manque, c’est une réflexion au niveau microéconomique, à l’échelle des entreprises.” Car la nouvelle donne géopolitique n’épargne personne. Quand Washington impose des droits de douane ou que Pékin décrète un embargo sur les semi-conducteurs, ce sont des chaînes d’approvisionnement entières qui vacillent, des usines qui risquent de fermer, des milliers d’emplois qui sont menacés.
Plus Europa ne prétend pas rivaliser avec les think tanks bruxellois ou les grandes fédérations patronales. Son ambition est autre : créer un espace d’échange et de production intellectuelle où les dirigeants peuvent croiser leurs expériences, confronter leurs analyses et, peut-être, esquisser des positions communes.
Petits-déjeuners, ateliers et podcasts
Concrètement, l’association organise des rencontres régulières — comme ce petit-déjeuner du 25 novembre dernier à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, qui réunissait Michel de Rosen, président de Forvia, et l’économiste Christian de Boissieu. Elle propose également des ateliers sur mesure pour ses adhérents, adaptés à leurs problématiques spécifiques : énergie, démographie, climat, croissance externe. Et elle édite des podcasts permettant aux dirigeants de développer leur vision sur les enjeux européens.
L’association bénéficie d’un partenariat avec la SEIN (Société d’encouragement pour l’industrie nationale) et d’une affiliation à l’Observatoire de l’enseignement de l’histoire en Europe, rattaché au Conseil de l’Europe — une caution scientifique qui ancre la démarche dans une perspective historique de long terme.
“Ce qui est bon pour les entreprises européennes est bon pour l’Europe”
Le slogan a des accents assumés. À l’heure où les États-Unis n’hésitent plus à soutenir frontalement leurs champions nationaux et où la Chine déploie un capitalisme d’État offensif, Plus Europa plaide pour que l’Europe défende ses intérêts économiques avec la même détermination.
“Que de timidité en Europe pour soutenir les entreprises européennes”, regrettait Felix Tores lors du dernier petit-déjeuner. Le message est clair : dans un monde de géants, la dispersion est un luxe que le continent ne peut plus se permettre.
Reste à transformer cette conviction en mouvement. L’association, encore jeune, cherche à élargir sa base d’adhérents — entreprises comme particuliers. Son pari : démontrer que la solidarité européenne n’est pas seulement une affaire d’institutions, mais aussi de dirigeants prêts à penser au-delà de leurs frontières nationales.
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